Lettres de la ville-peinture : En manque de couleurs

Lettres de la ville-peinture : En manque de couleurs

Il y avait autrefois un petit garçon à l’imagination fertile et à la tête remplie de questions : pourquoi les humains ne sont-ils pas couverts de poils comme les chats ? Pourquoi les arbres n’ont-ils pas des yeux? Pourquoi la queue des chiens est-elle sur leur dos et pas sur leur tête ? Et surtout, comment le petit garçon peut-il faire pour que les créatures imaginées dans son sommeil ne disparaissent pas au réveil ?

Les poétiques Lettres de la ville-peinture font appel à notre imagination et titillent la curiosité sans fin des enfants. Créée en 2019 et présentée pour la première fois à la Maison Théâtre, la production de la jeune compagnie Valise Théâtre a beaucoup de charme avec ses créatures de papier en noir et blanc et sa superbe ville qui surgit du castelet comme un château d’un livre de contes.

Comme l’auteur et l’illustrateur des Lettres à la ville-peinture, Arash Badrtalei, le petit garçon du récit grandit pour devenir un artiste afin de continuer à donner naissance à ce qui peuple son imaginaire, mais aussi pour poser un regard unique sur le monde qui l’entoure. Le spectacle offre une introduction en toute simplicité au monde du graphisme, à l’art du dessin plus précisément, qui se décline en projections sur tissu, vidéos, jeux d’ombre et de lumière et marionnettes, sans occulter les difficultés inhérentes à la création artistique.

Courte pièce d’une trentaine de minutes suivie d’une session de coloriage des plus animées, la production ne parvient toutefois pas à engager le jeune public de 3 à 7 ans auquel elle s’adresse. Au centre du récit, l’interprète et metteur en scène Mojtaba Moaf, alter ego de l’illustrateur, est une présence agréable et chaleureuse, mais sa narration manque de relief, à l’instar du spectacle qui se révèle bien plus une exposition de la mécanique de l’imaginaire qu’une démonstration active de sa force créatrice. Les créatures y sont très belles (manipulées à la fois par Moaf et par Paola Huitron, derrière le castelet), la ville fascine dès son apparition, taureau ailé, éléphant-papillon et autres monstres étranges défilent en farandole, et puis… et puis le récit ne nous amène, hélas, pas plus loin. Le petit garçon a grandi, réalisant qu’une chose manquait à son oeuvre : de la couleur.

Le spectacle se termine par une invitation qui soulève enfin l’enthousiasme des enfants : celle d’aller contribuer de leurs couleurs à la fresque de la ville-peinture et à ses drôles de résidents. L’idée originale derrière Lettres de la ville-peinture est d’ailleurs née d’un atelier de coloriage avec des enfants syriens réfugiés au Québec, de cette envie de laisser l’imaginaire des enfants colorer le spectacle. Le concept est d’ailleurs excellent, d’autant qu’il permet de fusionner de manière créative le graphisme et le théâtre. Cependant, on reste dans l’attente du moment magique, de l’étincelle qui nous fera voir par les yeux du petit garçon toute la magie du dessin.

Lettres de la ville-peinture, du 9 au 13 novembre 2022, à la Maison Théâtre

Photo : Arash Saki

Tagged: , , , , ,