Cirque Alphose

Avec Timber! le cirque Alfonse invite le public à se tirer une bûche, le temps d’une courte heure trente, et à prendre part à une veillée revigorante. C’est d’ailleurs dans la bonne humeur que les spectateurs, mis dans l’ambiance du camp de bûcherons dès leur arrivée à la Tohu, répondent à l’invitation. Odeur de bois, chemises à carreaux, musique entraînante et violoneux endiablé… le cirque Alfonse a tout ce qu’il faut (même le banjo!) pour réchauffer les cœurs.

Comme toute bonne veillée d’antan, le spectacle est lancé par un tour de chant. Sur la grande piste de la Tohu, du bois, beaucoup de bois : des bûches à la bécosse! Dès l’entrée en scène des artistes de cirque et musiciens, en à peine quelques mesures, nous voilà ramenés à nos racines québécoises, en plein chantier, au fond des bois. On a déjà envie de giguer.

Il faut pourtant attendre deux ou trois numéros pour que la veillée lève tout à fait. Quand les artistes laissent un peu de côté le cabotinage autour de la bécosse, la fête commence vraiment. Ils nous coupent le souffle avec des numéros de cirque réinventés à la sauce « Alfonse ». Jonglerie avec des haches, hommes forts, équilibrisme sur bûches et jeux de cerceaux… avec des scies : le cirque Alfonse ne fait pas dans la dentelle et joue habilement avec nos nerfs. Tendu, on ne quitte pas des yeux une seconde la scie passe-partout avec laquelle les artistes jouent à cloche-pied…

Avec beaucoup d’humour et d’inspiration, les artistes utilisent les éléments du camp de bûcheron pour construire leur spectacle. Bagarre, histoires de chasse ou d’amour, mauvais tours et défis lancés à tous : on imagine bien, dans les numéros exécutés par les artistes en scène, les jeux que les hommes de chantier s’inventaient pour passer le temps, surtout lors des longues soirées d’hiver.

Le cirque Alfonse est avant tout une histoire de famille, il tire d’ailleurs sa plus grande force des liens qui unissent les membres de la troupe : même le bambin de trois ans et le patriarche septuagénaire sont de la partie! Leurs liens familiaux sont mis en scène avec tendresse, comme dans ce numéro de trapèze, entre amour et séduction, et cette scène où le grand-père s’adresse à son petit-fils pour lui expliquer l’histoire de sa venue au monde.

Malgré un décor et des costumes dans des teintes majoritairement brunes, le spectacle fait éclater ses couleurs grâce à un humour bon enfant distillé dans chaque numéro et grâce à sa musique festive qui donne furieusement envie de danser. Des fourmis dans les jambes : les spectateurs marquent le rythme en tapant du pied dans les gradins. Timber! a un charme irrésistible ; même les erreurs et imperfections concourent à lui donner du charme. Son côté un peu brouillon colle parfaitement à l’atmosphère de fête.

À la fin du spectacle, si on n’a pas tout à fait envie de s’essayer à la jonglerie avec des haches, on a toutefois une forte envie de payer la tournée pour relancer la veillée!

Timber! présenté à La Tohu jusqu’au 31 décembre 2012

critique écrite le 20-12-2012

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