Alice : un fantastique moment de rêverie

Librement inspirée des œuvres de Lewis Carroll par l’autrice et comédienne Emmanuelle Jimenez, Alice, la coproduction du Théâtre du Trident et du Théâtre Rude Ingénierie (TRI), s’adresse à l’enfant enraciné en nous. Mais peut-on parler d’un conte pour enfants ? Le monde dans lequel évolue le personnage principal de la pièce n’a rien de naïf ou de puéril, voire de juvénile. C’est un monde d’adultes, de bêtes étranges et d’automates réglés comme du papier à musique. Un monde de conventions, truffé de non-sens, de contresens et de doubles sens, qui recèle des mystères et des menaces très concrètes pour Alice.

Grosse-Île, 1847 (dans les mots de ceux qui l’ont vécu) : Apprendre de l’histoire ?

Plusieurs connaissent Grosse-Île, jadis appelée Grace Island. Elle est située à l’est de l’Île d’Orléans, dans l’archipel de l’Isle-aux-Grues et a servi au 19e siècle de station de quarantaine pour les multiples bateaux d’immigrants qui affluaient vers le Canada. Mais est-on nombreux à connaître la véritable histoire de ce lieu et les drames qui s’y sont déroulés, alors que la maladie emportait les nouveaux arrivants ? La production du Théâtre de la Bordée met en lumière les événements dévastateurs de 1847 au moment où la petite île de 7,7 km2 s’est retrouvée aux prises avec un étrange microbe qui a tué quelques milliers d’êtres humains venus d’Irlande pour chercher un monde meilleur.

Maurice : Oupalaï !

Tout a commencé il y a une trentaine d'années. Maurice avait alors 33 ans. L’âge du Christ. Foudroyé par un AVC, sa vie culbute, sa brillante carrière d’économiste trépasse, son quotidien éclate. La déflagration est telle qu’elle s’est encastrée dans la cloison de sa cuisinette comme un formidable coup de poing du destin. La scène est sombre, les murs sont noirs, une petite table, striée de lumière blanche comme filtrée par un store vénitien, attend avec ses deux chaises. Entre Maurice, seul, aphasique. Il s’assoit. Lentement, soigneusement, il épluche une orange et la déguste. Puis il se lève difficilement et sa soif des autres explose. Pas de quatrième mur. Il s’adresse directement au public en peu de mots et en s’aidant de son unique main valide. Mais avec une émotion si intense qu’on dirait qu’elle brûle, prisonnière d’une bouteille de gaz qu’on a trop secouée.

L’usine : Un monde sans sens

Alors que les changements climatiques, la pollution, les catastrophes écologiques et le réchauffement planétaire occupent fréquemment la place publique, il est normal que ces menaces soient de plus en plus prégnantes dans les œuvres artistiques. Après le succès de leur première production, Nikki ne mourra pas (2019), la seconde création théâtrale du Collectif des sœurs Amar, L’usine, est au diapason de son époque. Dans un monde apocalyptique, Joseph (Gabriel Cloutier-Tremblay) et Joséphine (Laura Amar), deux jeunes survivants affaiblis par les affres de la maladie, du manque d’eau potable, d’aliments et de médicaments, vivent du peu d’amour, d’espoir et de souvenirs qu’il leur reste.

Cabaret : Willkommen

Reportée en raison de la pandémie et après, à n’en pas douter, de nombreuses heures de travail et de répétitions, la pièce Cabaret, produite par le Théâtre du Trident rayonne enfin sur les planches de la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre de Québec. Cette œuvre phare du siècle dernier, présentée à Broadway et adaptée au cinéma par Bob Fosse en 1972, est ici orchestrée par le metteur en scène Bertrand Alain qui a su raviver la flamme de cette comédie musicale et lui conserver son cachet des années 1930 à Berlin.

Parc Optimiste : Un duel ludique à la sauce western

En ouverture de la programmation 2022-2023 de Premier Acte, Parc Optimiste est une fréquentation de choix pour les dernières semaines de l’été. La production exhale des odeurs automnales tant par son récit que par sa localisation. En plein air, sous le couvert des grands arbres de la cour arrière de l’Église Saint-Charles de Limoilou, sur la terre brute où sont dressés la scène et les gradins, à travers les effluves de foin mouillé et dans la pénombre fraîche des journées qui raccourcissent inexorablement, la pièce déjantée du collectif La Palestre repose sur le duel. En fait, tout dans cette œuvre relève de la dualité : deux temporalités, deux espaces, deux idéologies, deux adversaires… et même doubles identités.

L’Invité : du bon théâtre tout court

Théâtre d’été ou théâtre en été, peu importe l’étiquette qu’on lui accole, la pièce L’Invité qui tient l’affiche au Théâtre Petit Champlain jusqu’au 6 août 2022 remplit ses promesses, celles de nous distraire, de nous égayer et de nous faire passer un fort agréable moment. Dans un décor d’appartement typique du genre avec ses fauteuils dépareillés, ses reproductions de tableaux de maître sans unité de goût, ses babouches dans la bibliothèque, ses livres achetés en vrac au rabais, son train électrique qui parcourt tout l’espace d’habitation et ses meubles recouverts d’une pellicule de plastique, on comprend que les occupants ne brilleront pas par leur finesse et leur perspicacité.

Carrefour 2022 : Contes et légendes – Humains et humanoïdes en construction

Cinquième spectacle de Joël Pommerat à être présenté au Carrefour international de théâtre de Québec, Contes et légendes, une production de la Compagnie Louis Brouillard (Paris), est un objet théâtral tout à fait fascinant qui oscille sur le fragile équilibre entre la réalité et l’étrangeté à travers des scènes où des jeunes développent des liens affectifs plus stables et plus harmonieux avec des robots plutôt qu’avec leurs pairs ou leurs propres parents. Dans cette œuvre extrêmement bien rodée, l’auteur et metteur en scène explore le monde de l’enfance et de l’adolescence à travers plusieurs tableaux qui attirent l’attention sur les relations sociales et familiales, sur l’apprentissage et la construction de l’identité ainsi que sur les rapports entre la féminité et la masculinité.

Carrefour 2022 : Le virus et la proie – un réquisitoire à quatre voix

La différence entre attraper une proie et contracter un virus est de taille. La proie est victime, le virus est prédateur. Passer de l’une à l’autre, inverser les rôles, pour avoir enfin une chance d’atteindre l’inatteignable, de toucher l’intouchable, d’accéder à l’inaccessible, est le souhait d’Étienne Lou, un des quatre protagonistes de la pièce Le virus et la proie. Le texte de ce violent réquisitoire contre le pouvoir, la politique et l’incommunicabilité est également porté avec beaucoup de conviction par Tania Kontoyanni, Ève Pressault et Alexis Martin.

Carrefour 2022 : Désobéir – Le courage de s’affirmer

Le Carrefour international de théâtre de Québec débute, après deux années de pandémie, par un spectacle de la compagnie française Les Cambrioleurs, sise à Brest en Bretagne. Désobéir met en scène quatre jeunes femmes flamboyantes, issues de l’immigration, qui viennent parler sans fausse pudeur de leurs droits, de leurs envies, de leur résistance et de leur émancipation. Orchestrée par Julie Berès, qui a conçu et réalisé ce projet, la production qui flirte avec le témoignage, le plaidoyer et l’humour est articulée comme une ode à quatre voix dans laquelle les références historiques et culturelles sont déconstruites au plus grand bonheur du public.